LES PULSIONS DE L’INCONSCIENT
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Ce qui est important, c'est d'obéir à ses pulsions. Obéir à ses pulsions, c'est surtout ne pas
obéir à ses compulsions. Nous avons
toujours le choix entre la pulsion et la compulsion. Ce qui fait la différence entre la pulsion et la compulsion,
c'est que la compulsion est là précisément pour refouler la pulsion. Parce que la pulsion a toujours quelque
chose de nouveau ; c'est une innovation dans notre vie. Elle nous désorganise, elle nous fait peur,
elle est associée à la transgression d'un interdit, si ce n'est que la
transgression d'un ordre, de nos coutumes, de nos façons habituelles de
fonctionner. Quand on vit une pulsion, on cherche à la vivre dans la
clandestinité. Plus la clandestinité
s'impose, plus la pulsion est grande et profonde. Ce qui est important, c'est d'en arriver à la vivre ouvertement ;
de vivre la pulsion dans la transparence.
Ordinairement quand la pulsion apparaît, on peut aller vers la
clandestinité, vers le secret.
Idéalement il faut en arriver à la vivre dans la vérité. Or la pulsion débouche toujours sur la
souffrance. Pourquoi ? Parce qu'une véritable pulsion est toujours
poussée par une montée de vie et d'amour.
Dans une pulsion, il y a toujours d'une façon ou d'une autre, même
si cela n'apparaît pas clairement, dans
la pulsion il y a toujours une quête d'amour.
Évidemment obéir à sa pulsion, c'est aller forcément vers la vie et
l'amour. C'est permettre à la vie et
l'amour d'émerger dans notre vie et à ce moment-là, nous sommes amenés
constamment à éveiller nos vieilles blessures d'amour. Aller vers l'amour, c'est comme aller vers
la lumière. Ste-Thérèse d'Avila disait
: “ Quand on fait la lumière dans
une pièce, c'est là qu'apparaissent les fils d'araignées ”, et j'ajouterais
la vermine. Aller vers l'amour, cela
fait en sorte que cela éveille nos vieilles blessures d'amour. C'est pour cela qu'il y a toujours, une
peur, même une terreur attachée au fait d'obéir à une pulsion. Pourquoi ?
Parce qu'on sent très bien confusément, mais on le sent quand même très
bien, que le fait d'obéir à une pulsion ne peut qu'éveiller nos blessures, nos
souffrances profondes qui sont toujours les bouchons de la vie et de l'amour.
Écouter nos pulsions, est-ce aller vers le rejet ?
C'est forcément aller vers le rejet. Le chaman, par exemple, fondamentalement c'est celui qui est le
mieux capable dans son clan, dans sa tribu, dans sa société, d'obéir à ses
pulsions. Parce qu'une véritable
pulsion implique toujours la transgression des interdits. Donc, le chaman en obéissant à ses pulsions
rejette la société et est forcément rejeté par sa société. Si on veut reconnaître la différence entre
une pulsion et une compulsion, il s'agit de se demander si j'obéis à une
pulsion, est-ce que la honte va retomber sur moi. S'il n'y a pas de honte, si on obéit ouvertement à la pulsion,
c'est qu'à ce moment-là on est dans une compulsion déguisée en pulsion. Pour qu'il y ait pulsion, il faut qu'il y
ait honte, il faut qu'il y ait peur. Ce
sont les deux principales culpabilités. (Honte et peur) Ce sont les deux principales
caractéristiques et évidemment, il faut qu'il y ait l'innovation. C'est à dire, c'est qu'il faut transgresser
notre ordre habituel et insérer du désordre dans notre vie. On ne peut transgresser un ordre, il n'y a
pas de transgression sans l'avènement d'une nouveauté dans notre vie. Sans l'avènement, sans la nouveauté, c'est
du désordre dans notre ordre.
La pulsion peut-elle nous amener à un véritable
amour?
C'est le chemin pour y arriver.
Et on ne peut accéder à l'amour sans passer par des pulsions
fondamentales car la pulsion c'est la vie.
La pulsion est toujours, même si elle nous apparaît complètement
vicieuse, même si elle nous apparaît complètement diabolique, c'est toujours
une poussée de vie qui se manifeste à nous de façon effrayante, terrorisante
même et qui se présente toujours sous forme diabolique. Comme disait Pascal : “ Qui
veut faire l'ange fait la bête ” ou il faut inverser la problématique de
Pascal et dire : “ Qui
fait la bête, fait en définitive l'ange ”.
C'est le Christ qui accepte de se confronter à ses démons au désert
durant 40 jours. Et c'est par la suite
l’ultime descente aux enfers. Et
l'expression est mal employée. Il faut
plutôt dire, c'est la montée du monde infernale, la montée de l'ombre comme
dirait Carl Jung, c'est la montée de l'ombre depuis l'inconscient jusqu'au
conscient.
Qu'arrive-t-il lorsqu'on n’obéit pas à nos pulsions?
On meurt. On tombe dans
le conformisme, dans la vie égale, la vie standard. C'est l'emprisonnement, l'enfermement, l'étouffement. C'est la fin de la vie elle-même.
Avons-nous le choix? Écouter ou ne pas écouter nos pulsions?
Celui qui veut vivre doit aller vers la vie sinon, il va vers la
mort.
Que se passe-t-il lorsqu'il y a une seule personne
qui vit une pulsion?
Là on parle de pulsions sexuelles. Un auteur au 17e siècle disait : “ 20
fois sur le métier, remettez votre ouvrage ”. Alors, on recommence. Un
jour ou l'autre, par rapport à la pulsion sexuelle, on y arrive. Il va y avoir des jeux de
synchronicités. La synchronicité
n'existe que lorsqu'il y a un désordre.
Si je vis un désordre dans ma vie, c'est à dire si je suis au prise avec
une pulsion et que j'accepte de suivre cette pulsion, à ce moment-là, ce
désordre-là, le désordre que je vis, la souffrance dans laquelle je m'abîme,
est génératrice de synchronicité. C'est
à dire qu'il va y avoir un jour ou l'autre une personne qui de façon synchronique
va aussi consentir et prendre conscience d'une pulsion et à ce moment-là, la
pulsion sexuelle devient réalisable, devient actualisable. Plus on est aux prises en même temps avec la
souffrance, avec le chaos, avec le désordre, plus les synchronicités sont
susceptibles d'advenir. Prigogine
l'avait déjà détecté dans ce qu'il appelle
: “ Les structures
dissipatives ”. Lorsqu'il y a une
nouvelle fluctuation dans notre système, lorsque l'ordre du système
physico-chimique est transgressé à la faveur d'un désordre croissant à
l'intérieur du système, c'est là que tout à coup, il y a un jeu de
synchronicité qui s'opère et qui fait en sorte que le système va se mettre
brusquement, spontanément à fluctuer.
C'est à dire à vivre au rythme et au niveau de la nouvelle pulsion qui
surgit à l'intérieur du système. Ce
qu'on peut appeler pulsion chez les humains, Prigogine appelle cela : “ Fluctuation
nouvelle, innovatrice à l'intérieur d'un système physico-chimique ”. Dans ce sens-là, le chaos est toujours
générateur de synchronicité. Donc on
est susceptible de rencontrer l'âme ou le corps avec lequel on pourra exulter.
Vendredi, le 11 novembre 1999
Sylvie Poirier
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