Mère jouissante

 

J’ai écrit ce texte en réponse

au courriel d’une lectrice.

 

    

 

Bonjour,

 

J’ai lu votre article inceste mère / fils, mère jouissante, etc.

 

Voulez-vous me dire comment aborder le sujet avec une mère jouissante et son fils de 3 ans?

 

Nous voyons des attitudes inquiétantes et nous avons beaucoup de peine pour l’enfant sachant qu’il en souffre et en souffrira éventuellement.

 

Merci de tout cœur.

 

 

Bonjour à vous,

 

Je m'excuse de mon temps record à vous répondre. J’étais occupé cette semaine. Pour aborder le sujet avec une mère jouissante, il ne faut surtout pas prendre celle-ci de front, c'est-à-dire de la confronter directement. Elle se fermera très fort à cette idée. Même si de cette façon, vous pourriez faire une brèche dans son armure, elle se refermerait bien rapidement.

 

Oui, les enfants qui vivent avec une mère jouissante sont étouffés et souffrent beaucoup sans toutefois le ressentir avant l'adolescence. Ils développent généralement des mécanismes de défense très forts qui rendront leur vie d’assez lourde à très lourde. Ces enfants développent généralement des fantasmes inconscients à la hauteur de cette lourdeur. Peu importe ces fantasmes, tant qu'ils sont exprimés, ils ne sont pas vraiment dangereux. Ce qui est dangereux, c'est qu’ils soient refoulés conjointement à un refoulement émotif qui fait, et fera, des ravages très grand dans la vie de l'enfant... Des ravages qui commencent généralement en début d'adolescence et qui s'amplifient au fur et à mesure qu'il grandit. Un vécu souvent dramatique s'il n'est pas pris en charge par l'individu lui-même.

 

Ces individus vivront un peu plus chaque jour de la dépendance affective, car cette expérience créera un trou affectif chez l'enfant... trou qu'il ne pourra combler que par sa propre source d'amour... lorsqu'il développera une image positive de lui-même, un amour de soi satisfaisant, une estime de lui-même satisfaisante. Dans cette expérience d’inceste affectif, l'enfant apprend à s'aimer à travers les yeux de la mère et non pour ce qu'il est véritablement. Et comme il n'a pas le "machin" (au sens figuré) assez gros pour combler la mère, il développera des frustrations et du refoulement en grande quantité. De là, il développera des mécanismes de défense d’assez à très importants. Ces mécanismes qui finiront par l’auto-étouffer… Et tant qu’il ne sera pas conscient qu’il s’étouffe lui-même, il en remettra la faute à son entourage : conjoint, enfants, parents, amis, la société en général…

 

Ces enfants-adultes deviennent de grands manipulateurs, car lorsqu'ils se rendent compte inconsciemment du pouvoir qu'ils ont sur leur mère, ils s’empressent de manipuler la mère afin d’y trouver une source de satisfaction. Ces enfants développent généralement des comportements narcissiques assez important. Ils n’ont de yeux que pour un faux bien-être.

 

Cette mère jouissante est très souffrante et ventile (compulse) avec son enfant. Elle a un trou affectif de taille dû à ses expériences passées, puis elles ont développé incontestablement une image non-adéquate d’elles-mêmes et des hommes: Soit qu'elles s’idéalisent et idéalisent les hommes et recherchent la fusion, et là, bien souvent, elles sont sujettes à tenter d’en coloniser plusieurs, soit qu'elles se replient sur elles-mêmes, rejètent ou déprécient leur homme et leur(s) enfant(s) devient le centre (le Dieu) de leur vie. 

 

Bien sûr, ces mères ont besoin d'une thérapie pour arriver à évacuer ce qu'elles ont refoulé depuis leur petite enfance. À ce moment là, comme mécanisme de défense, toutes sortes de raisons sont amenées par la mère pour  prendre un autre chemin que la thérapie et les professionnelles de la santé en mangent un bon coup.

 

 

À moins que la vie de l'enfant ne soit en danger, vous ne pouvez que semer le doute en chez la mère vis-à-vis ses comportements envers l’enfant. Mais déjà, de semer le doute est un enjeu énorme qui suscitera la réflexion. D’autres part, la mère peut conscientiser son vécu et se reconnaître par le vécu d'autres femmes qui ont été mères-jouissantes et qui l'assument (rencontres, reportages, articles, témoignages, etc.).

 

Pour pouvoir intervenir auprès de cette mère, il vous faut d'abord créer un lien de confiance avec elle. Puis, vous pouvez organiser des sorties avec son enfant et les vôtres... Et lui montrer une autre façon d'agir plus saine avec un enfant, par exemple vous avec les vôtres, ou de vos amis avec leurs enfants. C'est à travers l'expérience des autres qu'on peut arriver à voir ce qu'on vit. N’hésitez pas à agir librement de façon saine avec votre enfant devant elle. Il est important qu'elle finisse par douter de son comportement avec son enfant, mais il ne faut surtout pas qu'elle sente une conspiration, car vous allez tout perdre.

 

Organisez des rencontres avec d'autres enfants et d’autres parents... Il est important que la mère voie plusieurs parents agir avec leurs enfants et se questionner avec eux... Ne choisissez pas des personnes qui vivent la même chose qu'elle par exemple ;))

 

Aussi, tout moyen créatif pour aider la mère et l'enfant à se décentrer de l'un sur l'autre peut être efficace. Faites garder vos enfants et les siens et sortez entre adultes. Amenez-la à parler d’autres choses que ses enfants. C'est important qu’elle sorte sans son enfant, voit d'autres adultes, vivent davantage pour elle-même. Comprenez son grand besoin d'amour et d'attention parce qu'elle souffre et donnez-lui en sans compter. Réconfortez-la, sortez avec elle,  rappelez-lui qu'elle a une vie adulte en tant que femme à assumer et aidez-la à se décentrer de son enfant... Amenez-la à se re-découvrir la femme adulte qu'elle est... Rappelez-lui qu'elle a une vie sexuelle à assumer avec un homme (plutôt qu'avec un enfant... mais vous ne lui dites pas ça ;))). S'il y a un père dans le décor, il doit prendre sa place et couper le cordon entre les deux, mais en tant qu'homme adulte qui s'assume avec fermeté et non avec violence et idiotie. Le rôle du père n’est souvent pas joué en ces cas et s’avère pourtant hyper capital.

 

Cette femme a un grand besoin d'affection. Son chemin réel, c’est d'abord de se donner du temps pour elle-même, pour elle-même et un homme adulte, non avec son petit homme… Qu'elle se donne de l'affection elle-même d'abord, qu'elle apprenne à s'aimer et à s'estimer à travers elle-même et non à travers son petit homme, sa propriété. Par peur de se retrouver seul avec elle-même, elle peut réclamer la culpabilité de laisser son enfant ou sa famille seul. Ce n'est qu'un mécanisme de défense, un besoin de contrôle maladif. C'est sûr que lorsqu'elle se retrouve seul dans le silence, ça doit brasser en maudit en dedans d'elle.

 

Faites-vous confiance et aidez-la à se décentrer de son enfant pour se rencontrer elle-même (mais pas d'une façon égoïste non plus). Il faut essayer de trouver le centre de la montagne et non tomber ni dans un versant ni dans l'autre. Recherchez ensemble le juste équilibre finalement.

 

Je n'en connais pas plus. Je ne suis pas psychologue. Je parle avec mon cœur et mon vécu. Disons que de consulter un (ou des) professionnelle(s) pour avoir d'autres renseignements peut-être important. Une chose est sûr, c'est que cette maman souffre beaucoup et qu'elle a besoin d'aide, de réconfort, de chaleur, etc. Le petit enfant aussi.  Surtout ne jamais culpabiliser la mère de ses gestes ou de ses paroles. C'est très, très, très important. Elle souffre déjà assez comme ça même si elle ne le dit pas ou ne le ressent pas. On peut souffrir beaucoup et ne pas le ressentir en le voilant dans une ou des compulsions. La mère jouissante par exemple, compulse sur son enfant pour ne pas ressentir sa souffrance. Et elles cachent bien souvent leur façon d'agir derrières de beaux principes de vie ou de belles valeurs.

 

Bonne journée à vous et bonne chance! 

  Gilles

 

 

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