Le libraire, Gérard Bessette

Analyse du roman

 

 

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LE LIBRAIRE, Gérard Bessette, 1960

 

Référence du roman: Bessette, Gérard, Le libraire, Édition originale Paris: Julliard,

                                   1960.Réédité en 1993 par la maison d'Éditions Pierre Tisseyre,    

                                   Ottawa, Canada (Édition utilisé pour ce travail).

 

 

Introduction:

 

Malgré ses efforts, Paul-Émile Borduas fit peu d’adeptes avec son Refus global. Il ne faut pas croire que son cri de révolte et ses appels à l'amour ne furent pas entendus. À la suite de cet élan, les années soixante bouleversent la société québécoise, aussi bien les institutions que les individus. Enfin débarrassés du poids des mécanismes de manipulation d’une idéologie de conservation, passant par une idéologie de rattrapage de la petite bourgeoisie servant les intérêts d’une minorité, les Québécois procèdent enfin à la liquidation d'un passé aliénant gouverné par de fausses idoles. La descente aux enfers de la société québécoise, gérée sous pression par Duplessis et le clergé, tire à sa fin. « La liberté de pensée, le droit à l’information, l’infantilisme de notre peuple, la constipation de nos censeurs, etc. »[1][1], voilà ce que dénonce Gérard Bessette dans son roman. Ce dernier ne veut pas attirer l'attention sur un petit groupe d’intellectuels et une presse avenante, mais recherche à élargir la cible afin de toucher le plus grand public possible.

 

Gérard Bessette, né en 1920, professeur d'université et critique littéraire, a écrit une œuvre romanesque plutôt diversifiée. Ses œuvres sont plutôt réalistes et appartiennent au courant de la modernité. Aujourd’hui, ce qu’on retient de son œuvre, c’est surtout Le Libraire (1960), roman dont le style dépouillé est inspiré de Camus. Il y dénonce, avec beaucoup d'ironie, l'hypocrisie qui règne dans la société québécoise d'avant la Révolution tranquille. C’est dans cet esprit que Bessette propose de s’affirmer plutôt que de conserver, de jouir plutôt que de subir, de profiter plutôt qu’attendre. Avec d’autres auteurs, il sert de point d’ancrage à la révolution tranquille des années soixante.

 

Hervé Jodoin, personnage principal du roman analysé, fait ses comptes avec ses semblables et avec une société qui refuse d’évoluer et de s’adapter aux besoins et aux goûts nouveaux des gens qui la composent. Retiré en lui-même, à l'abri des obligations et des contacts humains, Jodoin est préoccupé par deux malédictions: celle de gagner sa vie, et plus alarmant encore, celle du temps, le rendant anxieux et impatient. Le jour, il somnole à la librairie où il a trouvé un emploi de commis. Le soir, il boit jusqu'à la fermeture de la taverne. Reste le dimanche où la taverne est fermée. Que va-t-il faire pour se distraire? Il écrit son journal et se raconte à l’intérieur de ce roman. Ce nouveau fait dans l’histoire de la littérature québécoise est le sceau de la modernité où l’idée de l’individu devient plus importante que le concept de la collectivité. À plusieurs reprises, Bessette développe la notion de « la liberté individuelle ». Comme plusieurs auteurs de cette époque, se sentait-il isolé, emprisonné dans sa propre littérature?

 

En d’autres mots, Jodoin se révèle un être marginal, ne se préoccupant pas de ce qui se passe à l’Église, prônant plutôt des valeurs individuelles. « Deuxièmement, les services religieux m’ennuyaient et je n’en voyais pas la nécessité ».[2][2] D’ailleurs la plupart des autres personnages du roman sont aussi marginaux: les trois « vieilles filles » qui travaillent à la librairie: Mlle Galarneau, Mlle Placide et Mlle Morin, le père Manseau, « alcoolique et plutôt muet », Mme Bouthillier, femme séparée et le propriétaire de la Librairie Léon, M. Léon Chicoine, dont on ne connaît la vie privée qu’à la fin du roman, marié et père de six enfants, mais un être immoral.

 

Bref, Jodoin n’est pas un homme du passé: « Quant à ma vie passée, j’aime mieux l’oublier. Il ne me reste donc que le présent. »[3][3]

 

 

Contexte socio-historique des années soixante:

 

À Saint-Joachin, en 1960, le droit à la liberté d'expression est brimé. On vit la censure du clergé. La pauvreté, l'amour et la haine s’enchevêtrent dans un ramassis de frustrations. L’un des objectifs de Bessette est de vouloir transformer la conscience sociale. La vie passive de Jodoin est une caricature de l’esprit bohème et de la révolte qui commencent à régner dans les années 1960. Rejetant le système, il décide de vivre au jour le jour, sans trop d’effort, dans une routine sécurisante, mais peu valorisante. Au lieu de rendre hommage au conservatisme, Bessette a osé écrire une satire sociale défiant l’ordre et l’autorité cléricale.

 

Mille neuf cent soixante, c’est la date où le Parti libéral de Jean Lesage prend le pouvoir, mettant fin aux 16 ans de règne de l’Union Nationale gérés par Maurice Duplessis. Ce renversement de pouvoir marque la fin d’une période de repli sur soi, ancrée dans un conservatisme névrosé, période que certains historiens appellent "la grande noirceur".

 

C’est par une série de réformes vers la modernité, que la société canadienne-française se transforme. Le nouveau gouvernement Lesage aménage un État moderne où culture et éducation entrent au cœur des priorités québécoises. On crée un Ministère des Affaires Culturelles, un Ministère de l'Éducation et l’on fonde le Conseil supérieur du livre. Le monde du livre étant alors en proie à une crise qui menaçait les librairies québécoises. Une série de mesures législatives sera adoptée pour supporter les maisons d’édition et faire avancer, d'un bon de géant, la littérature québécoise. C’est dans ce contexte de bouillonnement que l’édition québécoise connaît son véritable envol. Au cours des années 1960 à 1977, surgit l’éclosion de la plupart des maisons d’édition que l'on connaît actuellement.

 

Le début de cette Révolution tranquille, c’est la naissance d’un nouveau Québec qui accouche de ses souffrances. Une importante rénovation des superstructures de la société s'en suit: modernisation de l’appareil d’État, régression du pouvoir religieux et naissance d’un parti "souverainiste". Le gouvernement enlèvera à l'Église la gestion du système de la santé, des services sociaux et des écoles.

 

Au niveau culturel, en 1953, les poètes de l'Hexagone (Miron, Marchand, Pilon et Préfontaine) voulaient faire du "pays" leur premier thème. Selon eux, il fallait nommer le monde qui nous entoure si nous voulions accéder à la vie comme "peuple". La littérature des années soixante s’est acheminée vers cette idée et colle, de près, à la réalité d'ici. Elle parle du Québec, des Québécois et de leurs difficultés, ainsi que du problème national. La littérature devient le lieu d'affirmation de l'identité collective et de la culture québécoise. Une saison dans la vie d'Emmanuel de Marie-Claire Blais, offre, en ce sens, une belle version revue et corrigée du roman du terroir.

 

Dans son déploiement, le Québec connaîtra quelques dates historiques et mémorables. En 1967, notons la visite du Président français, Charles de Gaules, qui offre son soutien aux indépendantistes. En 1968, le Parti québécois (PQ) est fondé par l'ancien ministre libéral, René Lévesque, qui milite en faveur d'un Québec souverain coopérant avec le Canada dans le domaine économique. En 1977, le français est institué comme l’unique langue officielle du Québec et s’insère vivement dans la vie quotidienne des affaires québécoises.

 

Peu à peu, le Québec a su imposer sa langue et sa culture. Il l'a fait, non seulement vis-à-vis le monde anglo-saxon, mais aussi de front avec la France qui se donnait un ton un peu trop autoritaire et impérialiste en matière culturelle et linguistique.

 

À travers son roman, Bessette qui fut lui-même libraire dans sa propre vie, doté d’une tête forte, fait le ménage des vieilles idées et porte un regard acéré sur un monde désuet, emprisonné dans un conformisme souillé. Sans doute veut-il mettre sa littérature au service d’un projet de renouvellement social.

 

À partir de 1960, l'État s'immisce de plus en plus dans le renouvellement de la vie québécoise. On veut créer une société plus juste. Les diverses mesures sociales mises de l’avant ont pour but de donner accès à tous aux mêmes services publics. On construira alors des régimes comme l’assurance hospitalisation (1961), l'assurance-santé (1970), l'aide sociale, l'assurance-chômage, les allocations de maternité et le régime des rentes du Québec. Ce ne sont là que quelques-unes des mesures prises pour corriger les inégalités sociales.

 

Contrairement à Duplessis, qui laissait aux capitaux étrangers le soin de développer le Québec, le gouvernement Lesage choisit d'intervenir au point de vue économique. Cette stratégie est nécessaire pour combler le retard historique que les Québécois avaient pris dans le domaine des affaires. On veut devenir maître de son propre territoire. C'est dans ce but qu'on renforce la présence francophone à tous les niveaux de l'économie. Le plus grand symbole de ce nouvel esprit de consolidation de l’économie apparaît avec la nationalisation de l'électricité en 1962, au profit de l'Hydro-Québec. Finalement, les Québécois commencent à prendre possession de leurs ressources naturelles et intellectuelles. La nouvelle littérature québécoise sera à l’image et à la hauteur de ces transformations sociales.

 

Finalement, dès 1960, l’État multiplie les sociétés d'État afin de mieux gérer l’économie du pays. On fonde à cet effet, la Société générale de financement (1962), la Sidérurgie du Québec (1964), la Société québécoise d'exploration minière (1965), la Caisse de dépôt et de placement du Québec (1965), la Société d'habitation du Québec (1967), Loto Québec (1969), REXFOR (1969), etc.

 

 

Une littérature moderne:

 

La révolution tranquille, c'est avant tout, une revalorisation de soi et une recherche d'identité, qui jusque là, était gelée par une période d'autorité cléricale et politique glaciaire. C’est un point de rupture avec le passé et une période de transition. C’est un processus lent, mais obligatoire, espérant un meilleur avenir. On ne veut pas reproduire les erreurs du passé en utilisant la répression. On cherche plutôt à créer une ouverture. Les idées nouvelles et les projets de modernisation, qui jusque-là demeuraient minoritaires, se retrouvent désormais reconnus comme valables par une majorité de citoyens.

 

Déjà, cela transparaît dans les romans. Jodoin, par exemple, est un personnage plutôt silencieux qui cherche à tuer le temps dans sa taverne Chez Trefflé. Mais lorsque vient le temps de prendre la parole, il ne se gêne pas pour le faire. Davantage désireux de dénoncer le vécu social plutôt que de le réinventer, Jodoin s'engage, à sa façon, dans ce débat de société qui secoue le Québec. Il se révolte tout en douceur, comme le feront en général les mouvements étudiants, les mouvements gauchistes, les indépendantistes, le mouvement hippie d'influence américaine, où tous poursuivent le même but: réinventer un Québec moderne, plus actif au point de vue culturel et économique, un Québec qui reconquiert une fierté perdue, évanouit dans le néant et aliéné dans un sentiment de vide, tel le sentiment d’Hervé Jodoin.

 

C'est à cette même époque et dans le même esprit de l’œuvre de Bessette, qu’est publié un essai, qui, en l'espace de quelques semaines, devient un grand succès: Les Insolences du frère Untel. Cet écrit est une bombe artisanale renforcissant et dynamisant l’idée du malaise social où la puissance du clergé fouette le Québec. Ce religieux porte une attaque virulente contre le système d'éducation, contre l'immobilisme social («Un seul moyen de marcher droit, ne pas partir; un seul moyen de ne pas se tromper, ne pas chercher.») et contre l'esprit de domination du clergé («On renonce à l'argent, on renonce à la chair, on ne renonce pas au pouvoir. Pauvre et chaste, mais écrasant.»)

 

Au lieu de rendre hommage au conservatisme, Bessette a osé défier l’ordre et l’autorité cléricale. Il va heurter de front les thèses du clergé. Dans ces petits milieux ruraux, les types de livre et leur cote morale sont surveillés de près. Le Libraire dénonce avec beaucoup d'ironie l'hypocrisie qui règne dans la société québécoise d'avant la Révolution tranquille. C'est seulement avec cynisme que Jodoin réussi à survivre au mépris sans rémission qu’il éprouve pour les autres et pour lui-même. Voilà l’homme qu’il faut pour Léon Chicoine, «maître» (interprétation de Jodoin) de la Librairie Léon. Cette dernière s’harmonisant bien avec la personnalité controversée de son propriétaire: livres profanes, papeterie, livres et articles religieux, ainsi que des jouets. Mais attention! À l’arrière boutique, une porte cadenassée s’ouvre sur un énorme placard appelé la capharnaüm, regroupant des livres à ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourquoi pas? Pourquoi ne pas valoriser la libre expression et l’individualisation? En modifiant la forme de l’écriture et en rejetant la tradition, il cherche à détruire les formes artistiques traditionnelles.

 

 

Voilà le contexte dans lequel Hervé Jodoin, personnage misanthrope et désabusé, s’est trouvé un emploi de libraire à Saint-Joachin. Il y découvrira un patron au profil manipulateur, tout comme lui. Dans sa librairie, Léon Chicoine, vend des livres "en dessous de la table", des bouquins mis à l'index par le clergé. Jodoin, paresseux mais ouvert d’esprit, est sollicité par Chicoine pour collaborer à ce projet douteux.

 

Mais un jour, survient un étudiant à qui Jodoin accepte de vendre L'essai sur les mœurs de Voltaire. Monsieur le Curé rebondit aussitôt à la librairie. Afin d'éliminer les preuves, Chicoine demande à Jodoin d'écouler ces livres interdits à Montréal. Ce dernier acquiesce mais, fin renard lui aussi, décide de garder les fruits de la vente et de rester à Montréal. On découvre, dans ce roman, deux personnages en état de survie; deux personnes tournées vers leur réalité intérieure, reflet de cette époque.

 

 

Vers un mouvement de laïcisation du Québec (rejet de la domination du clergé):

 

Les perceptions du libraire sont-elles fausses ou réelles? Voilà une question qui demande réflexion. Gérard Bessette construit ses romans à partir de ses souvenirs et de ce qu’il observe socialement, dans une forme plutôt réaliste. Par son habileté à rendre complexe les rapports entre l'individu, son inconscient, sa grossièreté, ses mythes et la collectivité, il suscite l’attention et la réflexion du lecteur. Tout son œuvre s’élance sur un ton anticlérical et fera de lui un homme controversé, comme la plupart des écrivains de son temps. Toutes les figures d'autorité sont rabaissées parce que leur pouvoir, disait-on, repose sur l'incompétence, la corruption ou le mensonge. On y retrouve parfois un langage vulgaire et les religieux sont souvent présentés sous un jour grotesque. On utilise volontairement la figure du grotesque, comme on le fit durant la période du romantisme français pour sensibiliser le public à voir sa propre réalité. «Je lui représentai que, des ragots, il y en avait toujours partout et qu’il fallait les accueillir avec le plus profond mépris.»[4][4] «Léon Chicoine n’était qu’un type foirant de peur qui songeait à protéger à tout prix son petit commerce.»[5][5]

 

Ce grand vent de changement qui balaie le Québec se fait sentir de plus en plus dans la littérature et les mœurs québécoises. La culture, comme on le voit dans Le libraire, commence à s’ouvrir sur le monde qui l’entoure et condamne la prison dans laquelle elle était enfermée. Voilà ce que dévoile L'essai sur les mœurs de Voltaire vendu par Jodoin. Son contenu attaque la morale et les valeurs sur lesquelles repose la société des années cinquante.

 

Plusieurs artistes seront les initiateurs de cette mutation: les poètes de l'Hexagone, des chansonniers populaires comme Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Claude Léveillé, Pauline Julien et Robert Charlebois, certains humoristes comme Clémence Desrochers, Yvon Deschamps et Sol, ainsi que certains écrivains comme Bessette, Tremblay, Blais, etc. Ces derniers suivent le cours des événements et jouent un rôle de premier plan auprès du public. «Pour la première fois depuis des années, j’éprouvai la naïve impression que je pouvais encore servir à quelque chose; remplir un rôle utile»[6][6], raconte Jodoin.

 

Cette nouvelle idéologie de clairvoyance et de dénonciation sociale, présente quelques individus vivant en marge de la collectivité. Par leurs actions et leurs paroles, ils contestent l'emprise que les diverses institutions sociales exercent sur eux, comme on le perçoit bien à travers le personnage principal du roman Le libraire et son patron: «…pour des hommes de principes comme nous, pour des esprits «intensément partisans de la liberté de pensée», n’était-il pas également impératif de laisser au choix individuel la plus grande latitude possible?»[7][7] Le message est clair. On rejète les modèles traditionnels. La conception des rapports sociaux, fondée sur l'autorité et les traditions, perd de sa force. On commence à rebâtir une société permettant à l'individu de se libérer et de s'accomplir. "C'est le début d'un temps nouveau", chantait Renée Claude.

 

Les propos de Bessette sont-ils trop avant-gardistes? Cette tendance à rejeter en bloc les traditions, les institutions religieuses et politiques, cette tendance à rejeter les travaux difficiles, la famille, le "beau perler", etc., est-elle réaliste? «Il fallait tenir compte des circonstances sociales, du milieu psychologique où l’on vivait.»[8][8], nous dit Chicoine. Mais en même temps: «…les services religieux m’ennuyaient et je n’en voyais pas la nécessité.»[9][9], affirme Jodoin. Le paradoxe du changement se fait bien sentir dans le roman. Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est faux?

 

D’autre part, Bessette s’empresse d’étaler au grand jour de nouvelles mœurs sexuelles. Le mariage atténue-t-il l’amour? Sommes-nous obligés de nous marier pour nous aimer? Peut-on vivre l’amour en dehors du mariage? Le mariage est-il contraignant? Le libraire ne se cache pas de son libertinage avec Rose:  "Après le cinquième ou le sixième verre, je lui ai pris la main, rugueuse, et je me suis mis à la peloter gentiment. Elle a réagi avec une vitesse surprenante".[10][10] «L’important, c’est que j’ai passé avec Rose (ainsi s’appelle-t-elle) une nuit agréable.»[11][11] Le faible de Chicoine pour les femmes, homme marié et père de six enfants, est aussi dévoilé. Comme plusieurs auteurs de son époque (Tremblay, Blais, Beaulieu), Bessette tend à ridiculiser tous ceux et celles qui continuent de défendre les valeurs des années cinquante: la chasteté, l'obéissance, la politesse, la fidélité, l’autorité du mari. Sans doute veut-il démontrer qu’à la sortie de cette période de frustration (la grande noirceur), plusieurs personnes tomberont dans des compulsions de tous les ordres pour essayer de mieux respirer, tel Jodoin avec l'alcool.

 

Quant à  la famille, valeur sacrée de la société québécoise, où est-elle dans le roman? Dans le libraire, l’institution familiale est absente. L’accent est littéralement mis sur le « Je », le sujet, l’individu. L’appel à l’honneur, à la terre et à la famille n’y est pas chantonné. On y perçoit des êtres seuls, vivants pour eux-mêmes, avec des modes de vie différents.

 

Faire des enfants, peu importe le prix à payer, se taire et se soumettre à l’autorité sans questionnement, accepter son sort, accepter les mauvais traitements familiaux, cacher son corps et sa sexualité, voilà le résumé de la mentalité et du mode de vie québécois des années 1940-1950. Cependant, ce n’est pas le sort d’Hervé Jodoin, ex-enseignant chez les bons pères de Saint-Étienne, un endroit où le clergé régissait toute parole et tout mouvement. Même si l’on ne voit pas clairement les raisons pour lesquelles Jodoin cesse d’enseigner, connaissant son côté rebelle, on peut s’imaginer qu’il n’était pas suffisamment malléable pour les bienveillants pères. Sans doute ne voulait-il pas tomber dans le piège: « …dans bien des cas, les individus dont la majorité, fatalement, exprimait l’opinion générale « officielle » étaient tellement tiraillés, ballottés par des craintes, par « certaines professions » selon son expression, que leur prétendue liberté collective était le résultat de leurs servitudes individuelles. »[12][12]

 

Jodoin, différemment des vieilles filles de la librairie Léon, ces femmes devenues hypocrites, pies, négatives dans leurs idées et dans leur rapport avec autrui, refuse de se soumettre à la déficiente et aliénante autorité civile et religieuse de son époque. Il se fait le porte-parole d'une société frustrée, soumise et  pauvre financièrement et culturellement.

 

Si les Canadiens-français se sont attachés à ce mode de vie "sacro-saint", c’est que la situation socio-économique dans laquelle ils vivaient était très difficile. Ainsi, leur condition de vie favorisait la diffusion d'un discours éclatant. On profitait de leur fragilité en nourrissant l'imaginaire du peuple de représentations consolantes et sécurisantes. Cela leur procurait une satisfaction, à tout le moins symbolique, engourdissant la misère matérielle dans laquelle ils vivaient. Comme le raconte le père Manseau à propos des curés, à son voisin de table Hervé Jodoin, ça ne sert à rien de s'opposer au clergé: « Je suis au courant de votre histoire, dit-il. Moué, c’est pas de mes affaires. Mais vous êtes nouveau icitte. Moué, ça fait soixante-deux ans que je promène ma carcasse. Eh ben ! C’est pas bon pour la santé icitte de contrer les curés. Les ficelles, c’est eux autres qui les ont, vous comprenez? »[13][13] Voilà qui représente bien la mentalité de soumission de cette époque de grande noirceur que dénonce Gérard Bessette.

 

Suite à sa vente compromettante de L’essaie sur les mœurs, Jodoin, tout comme Rose, fut victime de préjugés sociaux forgés de toute pièce par les principes du clergé. Certaines personnes parlent aujourd’hui d’un lavage de cerveau. Que ce soit vrai ou faux, la réalité s’impose. La plupart des gens de cette époque adhéraient à ces principes. « Quand j’ai dû me séparer de mon mari parce que c’était vraiment intenable – un saligaud de la sorte! – ne pensez-vous pas que ça a été toujours rose. Si vous aviez entendu les papotages!… Tellement que, croyez-le ou non, j’avais presque peur de me montrer dans la rue… On me dévisageait avec un air!… Je ne savais plus où me mettre… »[14][14] « Mon entrée Chez Trefflé, trois quarts d’heure plus tard, fit (si l’on peut dire) sensation. »[15][15] « Les canons, de part et d’autre, étaient braqués en permanence dans une certaine direction, et lui, Léon Chicoine, occupait le no man’s land. Les pères ne manqueraient pas d’exploiter à fond leur avantage. La librairie se trouvait dans Saint-Joachin, à deux pas du presbytère; par conséquent, sous la surveillance morale de M. le Curé et il s’y débitait des livres condamnables! »[16][16] Sauf que tous n’étaient pas enclin aux bonnes mœurs « clérico-sociales ». Bessette voulait certainement démontrer que le clergé ne possédait pas tout le monde ni toute la vérité. « Justement, j’en parlais à une couple de clients ici, des amis, vous comprenez. Y aurait-il moyen de leur passer une couple de vos livres?… Ils sont parés à payer le prix. »[17][17] 

 

Depuis la Rébellion de 1837, le clergé, qui avait joué un rôle de premier plan au Québec, voit en l'espace de quelques années s’écrouler l'empire qu'il avait érigé. Comme nous l'avons vu, les premières fissures apparaissent dans les années 1950. Mais la chute du clergé sera plus vertigineuse dans les années 1960-1970. La pratique religieuse baisse de façon dramatique, si bien que certaines églises doivent fermer leurs portes à partir des années 1980. Enfin, plusieurs religieux, emportés par le vent de changement qui balaie le Québec, "défroquent", c'est-à-dire reviennent à la vie civile. C’est un peu le cas de Jodoin en laissant tomber l’enseignement. Les tentatives effectuées pour conserver les fidèles n'ont pas récolté un grand succès.

 

 

Un nouveau roman de la modernité apporte un nouveau langage:

 

« Alors je rédige ce journal. Dire qu’il m’a fallu quatre dimanches d’ennui nauséeux avant d’y penser. Enfin, c’est passé. Inutile d’y revenir. Jusqu’à présent, ce journal a été efficace. Pourvu que ça continue; que je trouve quelque chose à dire… »[18][18] Mais dire quoi? La parole est-elle un instrument de libération ou d’aliénation? Qu’en pense la petite bourgeoisie sociale désillusionnée du Québec?

 

Depuis toujours, le Québec se marginalise du reste du Canada afin de préserver son autonomie. Depuis toujours, le Québec "subit" une dépendance soumise à l'égard du Canada. Depuis sa naissance, le Québec souffre du contrôle exercé par le Canada quant à  son identité et sa prise en charge. La Couronne anglaise n’a jamais accordé sa liberté ni aux Canadiens-Français ni aux Québécois. Même si certaines têtes fortes comme Bessette ont essayé de se faire entendre et de faire écouter la voix du peuple, les choses tardent tout de même à changer. Une chose dite, un regard vers l’avenir, n’est pas nécessairement une chose accomplie.

 

Pour se faire entendre, les écrivains des années 1960 et 1970, ont inventé de nouveaux procédés littéraires, parfois inspirés de nouveaux modèles importés de France ou des États-Unis. On re-sacralise une nouvelle littérature s'écrivant sous le sceau de la modernité. Ceux qui ne suivent pas ce modèle, ceux qui continuent d'employer des formes traditionnelles, surtout l'esthétique réaliste d'autrefois, sont regardés de haut. Ainsi, nous verrons apparaître un « nouveau roman » et un « nouveau théâtre ». Ces expériences, poussées à l'excès, auront un succès plutôt nuancé auprès du public. Ce fut le cas par exemple, de Les belles sœurs de Michel tremblay. On ne savait plus si l'on devait rire ou se sentir frustré. Plusieurs ont ri jaune. De même, à la lecture du livre Le libraire, on a pu se sentir choqué de tant de permissivité dans le jeu des principaux personnages.

 

Voici quelques caractéristiques de cette nouvelle forme d'écriture. Premièrement, la remise en question des genres littéraires. Jusqu'aux années 60, le roman, le théâtre, la poésie et l'essai sont des genres distincts l'un de l'autre. Les auteurs modernes ne respectent plus ces distinctions. On retrouve ainsi, des romans mi-poème, mi-essai, des essais empreint de poésie, etc. D'ailleurs, toute la notion du genre est remise en question. Les romans deviennent des récits, le théâtre devient une création collective, etc. La poésie est plus qu'un texte, elle est vivante. Le narrateur devient l’un des personnages du récit. Il ne fait pas que raconter les choses ou faire parler des personnes. Il prend une place de premier plan dans son propre texte. Il raconte son histoire. Il se raconte. 

 

Il existe donc une tranchée importante entre la littérature régionaliste et la littérature moderne. Dans une œuvre traditionnelle, le roman est composé à partir d'un point de vue précis. Le narrateur présente des personnages, dans un lieu et un temps identifiable. Cet univers fictif est bien défini et doté d'une cohérence, avec un début, un milieu et une fin. C'est un univers rassurant. Dans une œuvre moderne, il arrive qu'on multiplie les points de vue et qu’on les présente sous différents angles, que le lieu ne soit pas décrit ni même identifié ou que l'ordre chronologique soit complètement bouleversé. Un auteur peut décrire plusieurs événements, plus ou moins en rapport les uns avec les autres et mener deux intrigues qui s'entremêlent, comme dans Prochain Épisode où l’on ne suit plus seulement le fil de l'intrigue mais une multitude de filons pouvant se rejoindre. Dans le cas du roman Le libraire, Jodoin passe d’une situation à l’autre: Une vie isolée, seul avec lui-même et une vie sociale avec Rose, à la taverne, au travail et avec les gens de l’Église. Il passe facilement de l’un à l’autre parce que lui-même est le centre de l’histoire. « La journée de la visite pastorale m’avait épuisé et, je ne sais pourquoi, la perspective de passer comme d’habitude la soirée Chez Trefflé me puait au nez. Peut-être éprouvais-je le besoin de converser avec quelqu’un. Tout est possible. »[19][19] Jodoin est un personnage instable et libre dans ses comportements.

 

Au fond, dans la littérature moderne, on essaie de rendre compte du bouillonnement de la vie quotidienne et de l'éclatement des systèmes de valeurs, phénomène surtout palpable dans les grandes métropoles comme Montréal, où la modernité ne travaille pas toujours au profit de l’âme. Toutefois, dans le cas de Jodoin, on veut rejoindre un public plus large. C’est pourquoi Bessette choisit un petit village de la campagne pour situer son œuvre.

 

Un autre fait s'avère intéressant dans la littérature moderne. Lorsqu’on connaît un peu plus la vie de Bessette, on voit bien la correspondance entre Jodoin et l'écrivain lui-même. Bessette, ayant lui-même été libraire, parle sans doute de lui à travers son personnage, tout en portant un regard sur la société québécoise. Plus encore, son personnage, Jodoin, parle aussi de lui-même en se racontant par un acte d'écriture à l'intérieur d'un journal personnel qui devient Le libraire. En conséquence, son personnage principal est à la fois le raconteur et l’acteur de l'histoire. Il prend beaucoup de place dans le roman en parlant de son vécu, bien plus que l'histoire qu'il raconte. C’est l’inscription du sujet dans l’œuvre ou l’aboutissement de la modernité. On découvre très bien ce niveau de narration dans le roman Le libraire. C’est un niveau différent qu’on ne connaissait pas et qu'on peut qualifier d'auto-narration. En voici quelques exemples: « Je lui ai dit que j’avais très bien compris, puis, je me suis installé sur la banquette près du radiateur qui siffle et crache dans le coin où j’écris ces lignes. » « Mais je me demande pourquoi je note ces détails. Est-ce qu’il me répugne de poursuivre mon récit? La suite, il est vrai, manque d’attrait. Peu importe. Il faut y passer.» « En ce sens, je regrette que ce journal soit terminé. Je pourrais, naturellement, en commencer un autre. Mais à quoi bon? »[20][20]

 

Différemment du roman du terroir, le roman Le libraire fait plutôt référence à l'individualisation du comportement. Il ne généralise pas une forme de comportement en fonction de la collectivité. Nous pouvons être différents et être respecté pour ce que nous sommes. Le vécu d'un personnage (ou des personnages), dans le monde de la modernité, passe avant l'appel de la patrie. Il faut d'abord assurer son bien-être personnel avant de s'engager à servir les intérêts de la collectivité. Voici un extrait du roman à l'appui: « …pour des hommes à principes comme nous, pour des esprits intensément partisans de la liberté de pensée, n'était-il pas également impératif de laisser au choix individuel la plus grande latitude possible? »[21][21]

 

Similaire à la structure du roman Prochain épisode d’Hubert Aquin, le narrateur fait référence, lui aussi, à l’acte d’écriture, réfléchissant sur sa propre vie, parlant de lui-même, faisant de l'auto-réflexivité. Dans ces deux romans, on invente un personnage plutôt sombre, donnant lieu à un récit plutôt sombre, reflet de la société existante. Ce type d'écriture, un peu rugueuse, fait également partie du courant de la modernité. On ne présente plus une romance d’idées et d’événements héroïques, mais on divulgue aussi le côté nuageux des personnages, ses défauts, ses platitudes, son mal de vivre, etc.

 

Ce qui différencie le réalisme du roman régional de celui de la modernité, c'est que dans le premier cas, le personnage est présenté selon une vision prédéterminée d'avance. Les balises étaient clairement annoncées aux écrivains par le clergé. Pouvons-nous alors parler de réalisme ? Quant au roman moderne, on y présente un personnage, empreint de réalité, mais à qui on peut faire dire ou faire accomplir ce que l’on veut. C'est une forme de prose où se dévoilent les vérités les plus profondes comme les plus belles histoires d'amour fictives, les mauvaises actions comme les plus justes.

 

L'idée maîtresse des années 1940-1960 était celle du « rattrapage », ralentie par le gouvernement Duplessis. La seconde clef est celle de l’idéologie de participation et de développement à un projet commun de renouvellement. Pour se faire remarquer et faire entendre sa voix, cette nouvelle littérature emprunte la voie du burlesque et de l’absurde pour démontrer justement l’absurdité de la vie. Ainsi, on utilise plutôt des antihéros que des héros. Des personnages qui ont une robe à soulever devant le grand public, qui n'ont pas peur du scandale. C'est ce type de personnage, dérangeant, que nous offre cette décennie qui ouvre ses rideaux avec Le Libraire de Gérard Bessette. Hervé Jodoin, libraire par obligation, est tout sauf un héros. C'est l’antihéros par excellence. Sa vie est réglée, mesurée, et il craint par-dessus tout qu'on vienne perturber sa routine. Il tue le temps à la librairie et boit pour occuper ses soirées. Il n'attend plus rien de la vie, il espère qu'il ne s'y passera rien.

 

Que ce soit Jean-Le-Maigre, Rose Ouimet ou Hervé Jodoin, les héros ou antihéros des romans modernes sont plus souvent qu'autrement grotesques et loufoques. Ils s'enfoncent dans leur bourbier et se perdent dans leurs rêves. Les personnages parlent mal, profèrent des grossièretés et des obscénités, certains blasphèment. En voici un exemple du roman Le libraire: « À ces dégoûtants questionneurs, malgré l’effort plutôt vigoureux que cela exige, je serais tenté de mettre mon pied au cul »"[22][22]

 

Bref, le drame québécois (l'aliénation, le sentiment de dépossession et la recherche d'identité) sera traité régulièrement sous le mode de la caricature et du grotesque, un peu comme si nous voulions exorciser tous ces démons qui avaient hanté nos vies depuis la Conquête.

 

Dans ce même ordre d’idée, notons une brève apparition du joual avec le père Manseau: « À la revoyure, m’sieur Jodoin, pis bonne chance là »[23][23], comme si on ne pouvait se permettre d’omettre ce détail dans la construction du récit. Dans Les belles-sœurs de Michel Tremblay, on a propulsé le joual à l'avant-scène de la littérature québécoise. Mais ce sont d’abord avec Parti pris, fondé en 1963 par Paul Chamberland et André Major, que les vraies questions se posent : Quelle langue doit-on utiliser pour vraiment atteindre le peuple? N'est-ce pas paradoxal de mettre dans la bouche d’un ouvrier colonisé un français raffiné ? Si la langue est le meilleur indice de la santé culturelle d'un peuple, n'est-ce pas le joual plutôt que le français qu'il faut utiliser ?

 

Le Parti pris eut recourt au joual comme à une structure de dissociation, afin de dénoncer la détérioration culturelle, sociale et politique: « Le joual n'est pas une langue, ni un dialecte, ni un patois, mais un accent, une prononciation, un certain lexique; il est un état, pauvre, mou et souffrant, du français, une « sous-langue », a-t-on dit, la langue en partie défaite d'un peuple défait »[24][24] Peu importe ses racines, la langue est la base de l’identité d’un peuple ? Parti pris cherchait à préserver cette identité et avait comme orientation de dénoncer l’aliénation dont souffraient les Canadiens-Français, afin de les aider à s'organiser et à se moderniser.

 

L'histoire de notre littérature démontre une triple figure. Elle a d'abord été française, puis s'est voulue canadienne pour finalement se prétendre québécoise. Une littérature québécoise qui nous introduit dans la modernité et à la laïcité, sans toutefois, rejeter totalement la tradition populaire. Jamais plus, espérons-le, le Québec ne sera maintenu dans l'ignorance. Mais d’une façon plus froide, cela reste à voir lorsqu'on conscientise la façon dont les médias s'y prennent aujourd'hui pour former l'opinion publique.

 

 

Conclusion:

 

La revue Parti pris (1963-1968), démontre que nous ne sortons pas facilement d'une détermination politique quand il s'agit de nommer une littérature qui est encore peu sûre de sa base. Pour ces écrivains et enseignants, nous ne devons pas rejeter la  tradition populaire, mais en faire un art moderne. Le retour de la parole populaire a permis à la dramaturgie québécoise de s’épanouir et d’inventer un art québécois qui nous est propre.

 

C'est sur cette toile de fond que s'établissent les bases d'une littérature sortie des limbes religieux durant les années 1960. Elle développera un nouveau rapport au corps et à l'esprit, n’hésitant pas à utiliser l’humour « noir » pour atteindre ses objectifs. Nous sommes partis d’une littérature « cléricale » du devoir et du réconfort, qui exploitait les thèmes de la terre et de l'histoire comme légitimation d'une existence, d'une langue et d'une identité minoritaire. Heureusement, nous avons fini par dépasser le stade du discours et entrer dans une littérature de la découverte, plus ludique, plus réelle, plus concrète et plus moderne.

 

Peu à peu, le peuple québécois a développé sa personnalité et son autonomie. Il s'est approprié une littérature à l'image de sa conscience sociale qui n'aura jamais fini d'évoluer. Une littérature rafraîchissante qui a aujourd’hui ses œuvres classiques, et qui continue de combattre les perceptions parfois erronées qui subsistent encore à son égard.

 

Deux milles deux, marquera-t-il à son tour une nouvelle ère ? Faisons-nous toujours face à un problème d’identité ? Un peuple en mouvement comme le Québec peut-il trouver un jour une identité statique à travers ses propres expériences de vie ? Ou au contraire, doit-il au contraire se renouveler sans cesse? Car ce pays que nous recherchons depuis longtemps, nous ne l’avons jamais trouvé réellement. Comme le rapporte Jacques Breault dans Agonie, « Il n’y a pas, il n’y a jamais eu, et il n’y en aura jamais de pays. »

 

Du terroir à la ville, de nombreux spécialistes en littérature québécoise ont écrit et continuent de le faire, sur les voies multiples empruntées par ceux qui ont osé, à la suite du roman Le libraire, explorer toutes les formes du roman. Ces derniers sont devenus les monuments de cette nouvelle littérature moderne : Jacques Ferron (Contes du pays incertain, 1962), Hubert Aquin (Prochain épisode, 1965), Marie-Claire Blais (Une saison dans la vie d’Emmanuel, 1965), Jacques Godbout (Salut Galarneau, 1967), Victor-Lévy Beaulieu (Race de monde, 1969) et Anne Hébert (Kamouraska, 1970).

 

 

 

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[1][1]  P. 45; Bessette, Gérard, Le libraire, Édition originale Paris: Julliard, 1960.

             Réédité en 1993 par la maison d'Éditions Pierre Tisseyre, Ottawa,

             Canada (Édition utilisé pour ce travail).

[2][2]  P. 114

[3][3] P.  31

[4][4] P. 96

[5][5] P. 131

[6][6] P.46

[7][7] P. 39

[8][8] P. 39

[9][9] P. 114

[10][10] P. 81

[11][11] P.82

[12][12] P. 73

[13][13] P. 104

[14][14] P. 109

[15][15] P. 101

[16][16] P. 126

[17][17] P. 103

[18][18] P. 85

[19][19] P. 75

[20][20] P. 88

[21][21] P. 43

[22][22] P. 29

[23][23] P. 105

[24][24] (Laurent MAILHOT, La Littérature québécoise, Montréal, Typo, 1997, p. 144).