L’ENFANT INTÉRIEUR

L’ENSORCELLEMENT ET LA POSSESSION

VIENNENT DE L’INCESTE

 

 

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C'est en changeant nous-mêmes et pour nous-même qu'on réussit notre bonheur.

                                                                                   

                                                                                                              Isabelle                                                                                                                                       

 

L’inceste mère/fils

 

         Adrienne vient d’avoir un beau gros garçon de 4.5 kilos, baptisé Étienne.  Elle a tellement aimé sa période de grossesse qu’elle a eu du mal à accoucher.  Elle ne voulait pas se séparer de ce qui lui procurait tant de bonheur.  Maintenant, l’amour pour son bébé est si fort qu’elle ne peut supporter d’en être séparée, ne fût-ce que quelques minutes.  Si, « par malheur », son fils chéri se retrouve dans les bras de sa mère (la grand-mère d’Étienne), ou de son mari Simon (père d’Étienne), elle s’empresse fébrilement, passionnément de le reprendre, le serrer dans ses bras, le cajoler, lui donner le sein, etc.  L’instinct maternel d’Adrienne envers Étienne est exacerbé.

 

         Étienne étouffait dans le ventre de sa mère ; il étouffe maintenant dans ses bras.  Il lui est même interdit d’établir toute relation significative avec quiconque.  Il est prisonnier de l’ « amour » de sa mère; il en souffre et elle en jouit.

 

 

Mère jouissante/fils souffrant

 

         Pour se protéger contre sa souffrance, Étienne n’a d’autre modèle de jouissance auquel s’identifier que celui de sa mère jouissante.  Si Adrienne a pu être si jouissante pendant et après sa grossesse, c’est que, déjà lors des stades embryonnaire et fœtal, Étienne a été possédé, envahi par la souffrance refoulée d’Adrienne qui, ainsi, pouvait vivre sans la moindre manifestation de souffrance, c’est-à-dire dans la jouissance.  Le système clos mère jouissante/enfant souffrant, qui commence dès la conception de l’embryon, se poursuit après l’accouchement.  Étienne, déjà envoûté par l’énergie négative de sa mère, n’a que le modèle de sa mère jouissante à imiter pour pouvoir refouler à son tour la souffrance qui fonde sa jeune existence.

 

La sexualité refoulée de la mère possède le fils

 

         Mais une bonne part de cette énergie négative d’Adrienne est sexuelle.  En effet, lors de sa grossesse et même longtemps après, Adrienne a refusé tout rapport sexuel avec Simon, son mari.  Le refoulement total de la souffrance, et c’est le cas d’Adrienne, accompagne toujours un refoulement plus ou moins grand des pulsions sexuelles; on sait que l’orgasme correspond à ce qu’on appelle, dans de nombreuses cultures, la « petite mort », la mort étant le paroxysme de la souffrance.  D’ailleurs, l’avènement d’une sexualité plus active et satisfaisante passe toujours par un épisode d’angoisse (évacuation de souffrances refoulées).  Étienne se retrouve donc avec le refoulé de sa mère, refoulé composé de souffrances et de pulsions sexuelles indissociables de ces mêmes souffrances.

 

         La nécessaire fusion mystique mère/fœtus lors de la gestation se prolonge en fusion mère/enfant et même presque toujours en fusion mère/enfant devenu apparemment adulte.  La fusion est telle que l’individuation (devenir soi-même) devient quasi impossible.

 

Étienne est homosexuel et il apprend qu’il est séropositif

 

         Étienne est Adrienne.  L’un est l’autre.  Étienne le petit garçon est Adrienne la petite fille.  Il a perdu son identité mâle (l’un) ou profit d’une altérité femelle (l’autre).  Désormais, la femme qui le possède n’a et n’aura de désirs sexuels que pour des hommes.

 

         Cette femme qu’il est devenu constitue un vaste mécanisme de défense contre la souffrance de sa mère (et ancêtres) qu’il a hérité par ensorcellement; il sera d’autant plus « gai » (jouissance) que sa « tristesse » (souffrance) sera grande.  L’homosexualité d’Étienne, qui a maintenant 32 ans, ne fait que manifester toute cette souffrance.  Mais pour s’en protéger, il cultive sa « gaieté ».

 

         Mais toute cette souffrance refoulée va bientôt surgir; il vient d’apprendre qu’il est séropositif et reconnaît chez lui certains symptômes du sida.  Comme il est incapable de vivre consciemment l’équilibre jouissance/souffrance autant dans sa tête que dans sa sensibilité profonde, c’est le sida qui va s’en charger.

 

La pensée positive du sidéen s’équilibre par son corps négatif

 

         L’équilibre que son psychisme est incapable de réaliser, c’est son corps qui va tenter désespérément et jusqu’à la mort de l’établir.  On sait jusqu’à quel point la « pensée positive » (un moral à toute épreuve) des sidéens gais s’accentue au fur et à mesure que se développe le « corps négatif » (les symptômes mortels du sida).  Plus le corps devient loqueux, squelettique et souffrant, plus l’esprit du sidéen s’enlise dans la gaieté d’une pensée de plus en plus positive, c’est-à-dire dans l’illusion mystique de la jouissance éternelle, plus la propension à la fusion mystique apprise avec sa mère se transpose sur l’Univers confondu à Dieu.  L’hyper-polarisation de la « gaieté » (jouissance) devenue spirituelle s’équilibre par l’hyper-polarisation de la « tristesse » (souffrance) devenue charnelle (corps).

 

Le système clos mère/fils périphérise le père qui devient « manquant »

 

         L’inceste symbolique entre Adrienne et Étienne est si intense qu’Adrienne n’a presque plus de désirs sexuels pour son mari Simon.  Étienne, étant possédé par le refoulé de sa mère, aurait été incestué par son père Simon si celui-ci n’avait pas eu des mécanismes de défenses rigides et s’il n’avait pas été radicalement exclu du système clos mère/fils.  L’inceste père/fils est beaucoup moins fréquent que l’inceste père/fille; la raison en est que le système mère/fils est tellement clos que le père se retrouve périphérisé, tout comme la mère le devient dans le cas de l’inceste père/fille.  C’est sans doute cette périphérisation du père qui fait en sorte que l’inceste père/fils est moins fréquent.  Comme Adrienne, amoureuse et dévoreuse d’Étienne, interdit à celui-ci toute relation avec toute autre personne, Simon, ainsi périphérisé, se retrouve dans la position cornoïste de « père manquant ».  Autrement dit, l’inceste mère/fils est tellement fort et fréquent qu’il laisse peu de place à l’inceste père/fils.

 

L’inceste mère/fils : dysfonctionnalité hétéro ou homosexuelle

 

         Et cet inceste mère/fils, même s’il reste le plus souvent symbolique, est tout aussi dommageable que l’inceste actualisé père/fille.  Exacerbé, il entraîne l’homosexualité; plus modéré, il est une importante cause de la dysfonctionnalité et de l’incommunicabilité homme/femme.  Exacerbé ou modéré, il rend le fils incapable ou coupable d’établir une relation authentiquement et profondément amoureuse avec une autre femme que sa mère.  Et quand le problème est intense au point d’atteindre l’homosexualité, le fils est tellement possédé par sa mère qu’il lui est impossible d’être infidèle à l’ « amour de sa vie » :  sa mère.  Mais comme, par cette possession, il est envahi des désirs sexuels féminins refoulés par sa mère, il n’aura de désirs que pour les hommes, toute sa vie durant.

 

         Autrement dit, la mère permettra que son fils n’ait des relations qu’avec des hommes puisque, d’une part, c’est sa propre sexualité refoulée qu’elle vit compulsivement par l’intermédiaire de son fils, et, d’autre part, son fils ne la trompe jamais car il lui est impossible de communiquer véritablement avec d’autres femmes (ce qui vaut aussi pour le fils hétérosexuel qui sera dysfonctionnel et incommunicable, et on l’est tous plus ou moins, dans sa relation aux autres femmes).  Ainsi donc, ce n’est pas le fils qui a des relations avec d’autres hommes, mais la mère elle-même par la médiation de son fils.  Aussi la mère du fils homosexuel ne peut être jalouse puisque son fils lui est totalement fidèle.  C’est la mère du fils hétérosexuel qui est jalouse et qui envie inconsciemment sa belle-fille.


L’ensorcellement-possession et l’inceste

 

         Ici encore, c’est de cet ensorcellement-possession dont l’adulte mâle doit se libérer pour se guérir de sa propension à être ensorcelé et possédé.  Et comme il a intériorisé l’esprit (l’identité ou énergies, y compris et surtout les énergies sexuelles) de sa mère et qu’il a substitué à son identité masculine l’altérité féminine de sa mère, il est sans cesse en train de s’auto-ensorceler.

 

         Nous avons tous vécus l’inceste père/fille ou l’inceste mère/fils avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins de dysfonctionnalité.  Si l’inceste père/fille provient de la possession de la fille par la mère, comme nous l’avons vu dans le cas Agathe-Josée, la fille ira davantage vers l’hétérosexualité, mais avec des dommages psychologiques (violence, compulsions, dysfonctionnalité et incommunicabilité conjugales, etc.) correspondant au degré d’intensité de l’inceste et aux ressources psychiques de la fille.  Autrement dit, plus l’inceste sera fort, donc plus la fille aura été ensorcelée par sa mère, plus les conséquences seront désastreuses. Ces conséquences seront encore plus désastreuses si la fille dispose de peu de ressources psychiques; et elles pourront l’être moins si la fille est dotée de plus de ressources.  Cependant, si l’inceste provient de la possession de la fille par le père, ce qui est rare, la fille ira davantage vers l’homosexualité avec les mêmes conséquences.

 

         Il en est ainsi de l’inceste mère/fils.  S’il provient de la possession du fils par la mère, le fils ira davantage vers l’homosexualité avec les conséquences dommageables, selon la force de l’inceste et les ressources du fils.  S’il provient de la possession du fils par le père, ce qui est rare, le fils sera plutôt hétérosexuel, mais avec des conséquences plus ou moins désastreuses, encore là selon la force de l’inceste et les ressources du fils.  « Nous n’en mourons pas tous, mais nous en sommes tous frappés ».


 

CHAPITRE XII

 

VARIANTES À L’ENSORCELLEMENT-POSSESSION PAR L’INCESTE

 

 

L’esprit possessif de la mère envahit le fils

 

         Guillaume, 46 ans, consulte pour se libérer de la mainmise de sa mère Béatrice sur sa vie.  Son épouse Julie, qui l’accompagne lors des premières séances de thérapie, déclare qu’elle sent tellement « rôder » sa mère dans et autour de Guillaume quand ils font l’amour que ses désirs tombent souvent totalement.  Et ce qui dissuade parfois davantage Julie, c’est que Guillaume réclame ses dessous affriolants pour se les enfiler à lui-même.  Et s’il ne le fait pas pour ne pas frustrer Julie, il se l’imagine.  C’est ce fantasme, surtout s’il est actualisé, qui l’excite le plus.

 

         Leurs relations sexuelles sont empestées par l’ « esprit possessif » d’une vivante.  Mais, il y a plus; il y a tout.  Tous les aspects de la vie conjugale et familiale en sont stigmatisés.  Julie trouve que Guillaume est toujours sous les jupes (et même parfois dans les jupons) de sa mère, et Guillaume se sent écartelé entre les deux amours de sa vie :  sa mère et son épouse.  Julie pense que Guillaume recherche toujours sa mère en elle; elle sent sans cesse qu’il lui attribue ce rôle qu’elle refuse radicalement, depuis qu’elle en a pris pleinement conscience, il y a peu de temps.  Ce n’est pas Julie que Guillaume « aime », mais sa mère; Julie en a assez.

 

         Dans toute cette affaire, il est étonnant que Guillaume ne soit pas homosexuel.  Depuis sa gestation dans le ventre de sa mère jusqu’à ce jour, en passant par sa naissance, les mois et les années qui suivent, et un hypercomplexe d’Œdipe (inceste symbolique Béatrice/Guillaume), toutes les conditions propices à la (pro)création d’un homosexuel sont au rendez-vous : mère jouissante/fils souffrant.  Quiconque connaît Guillaume constate chez lui des caractéristiques proprement féminines de sensibilité, d’attention, de raffinement, etc.  On ne le prend pas d’emblée pour un gai, d’autant moins qu’il pratique un métier très viril, quoiqu’un regard avisé pourrait le soupçonner.

 

Mère lesbienne/fils lesbien

 

         Par contre, l’investigation psychologique conventionnelle ne peut faire autrement que déboucher sur un constat d’homosexualité refoulée qui s’actualise sans cesse dans la relation à Julie.  En effet, celle-ci est un tantinet « Tom boy », tomboyisée par un père qui aurait tant voulu avoir un garçon.  Ainsi donc, pour la psychologie normale, Guillaume est un homosexuel refoulé qui socialise sa déviance avec une femme qui joue le rôle de l’homme, et lui, le rôle de la femme qui se manifeste avec évidence lorsqu’il porte ou s’imagine porter des dessous féminins érotiques.

 

         Curieusement, Guillaume n’a aucune pulsion sexuelle envers aucun homme.  Mieux encore, après mon propre examen, je partage les convictions de Guillaume et Julie à l’effet qu’il n’a aucune pulsion envers quelque homme que ce soit, ni même refoulée.  Pourtant, Guillaume est bel et bien un homosexuel, un « lesbien ».  Comment est-ce possible ?

 

         Guillaume a été victime d’un inceste symbolique mère/fils des plus dévastateurs; et il en a été d’autant plus victime que c’est une fille que Béatrice voulait.  Il s’est donc retrouvé envoûté, possédé par les souffrances et les pulsions sexuelles de sa mère, souffrances et pulsions qu’elle a considérablement refoulées lorsqu’elle était mariée au père de Guillaume.

 

         Quelles étaient ces pulsions sexuelles refoulées qui ont fait de Guillaume cet homosexuel, ce lesbien qui n’a de pulsions que pour les femmes ?  Quelques années après la naissance de Guillaume, Béatrice s’est séparée de son mari, le père de Guillaume, pour prendre épouse.  Depuis toujours, Béatrice refoulait ses pulsions homosexuelles.  C’est Guillaume, le fils préféré, l’incestué privilégié, qui s’est retrouvé affligé de cette énergie souffrante, déséquilibrée.  C’est ce que Julie sentait avant que Guillaume soit exorcisé de sa mère.  Et c’est pourquoi Guillaume devait revêtir les dessous de sa mère, dessous empruntés à Julie, à la fois prolongement et objet du désir de sa mère.  En effet, c’est Béatrice qui veut « baiser » Julie et c’est effectivement elle qui le fait, Guillaume n’étant qu’un instrument affublé et encombré d’un pénis et d’un système trop pileux.

 

Père gai/fille gaie

 

         Comment se fait-il que Julie, « Tom boy » comme elle est, ne soit pas homosexuelle.  Conjecturons.  En réalité, elle le serait, elle aussi.  En effet, d’une part, son père en a fait le fils qu’il voulait, et, d’autres part, étant lui aussi homosexuel refoulé, comme Don Juan, sa petite Julie, possédée par cette énergie homosexuelle, ne pouvait faire autrement que d’être attirée par un homme ayant des caractéristiques homosexuelles et féminines, c’est-à-dire par Guillaume.

 

Un couple original et fonctionnel :  une gaie et un lesbien

 

         Guillaume et Julie sont tombés en amour très jeune.  Depuis lors, ils ont toujours été fidèles l’un à l’autre et n’ont même jamais fantasmé sur d’autres partenaires sexuels virtuels.  Les probabilités pour l’un et l’autre de rencontrer un partenaire complémentaire étant faibles, il n’est pas surprenant que, malgré leur dysfonctionnalité profonde, ils soient restés très liés et fidèles l’un à l’autre.

 

         C’est après avoir compris l’énigme de Guillaume que j’ai pu comprendre (conjecturalement) celle de Julie, énigmes à la fois parallèles et complémentaires.  Ces deux histoires de cas permettent de constater des variantes aux deux grands modèles d’ensorcellement-possession (l’inceste père/fille et l’inceste mère/fils) que nous avons examinés dans des chapitres précédents.  Ces variantes, loin de ruiner ces deux modèles, viennent les rendre encore plus vraisemblables.  Elles mettent plus en évidence ce passage du refoulé du parent à l’enfant.  Voilà ce qui ne varie pas.

 

        

 

       Sylvie Poirier

 

 

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