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Dans cet article, l'auteur décrit l'amour
avec un grand A (l’amour suprême, le King des sentiments tant recherchés, et
pourtant si mal compris et si mal vécus). Pour l'auteur, l'amour avec un grand
A est celui qui naît au plus profond de l'être ; celui que l'on vit aussi bien
dans les relations ordinaires, dans l'amitié ou dans le mariage. Le concept de
l'amour s'articule autour de quatre mécanismes fondamentaux.
PREMIER
MÉCANISME : RESTER ATTENTIF À L'AUTRE
Nous pouvons expérimenter trois types
d'attraits face à l'Autre :
1.
L'attrait sensible, déclenché par la
beauté physique, chacun vibrant à un type de beauté en particulier.
2.
L'attrait
intellectuel, déclenché par la tournure d'esprit, par les idées, par la forme
d'intelligence ou par le niveau de culture de l'Autre.
3.
L'attrait profond, lequel est
proportionnel à la richesse, à la valeur morale, aux qualités fondamentales, à
la richesse de cœur et à la profondeur de l'Autre.
CONCLUSION
De chacun de ces attraits peuvent naître des
amitiés, des amours.
Il peut y avoir évolution: une amitié ou un
amour déclenché par la beauté physique peut s'enrichir de la découverte
d'autres attraits.
La prise de conscience du type d'attrait
dominant de nos relations avec les autres nous éclaire et facilite notre
évolution.
SECOND
MÉCANISME: RENCONTRER L'AUTRE EN PROFONDEUR
Nous pouvons côtoyer des gens au travail ou
dans notre quartier; nous pouvons cohabiter avec eux, tout en maintenant un
niveau de relation superficiel.
Nous pouvons vivre une relation purement
intellectuelle avec d'autres: nous cherchons alors à mieux connaître leurs
idées, afin de les confronter aux êtres, sans toutefois porter attention à la
globalité de leur être. La véritable rencontre avec l'autre ne se vit qu'au
niveau profond:
1. non seulement au
niveau des sens, en prêtant attention à l'apparence physique, au langage
corporel ou à la gestuelle,
2. non seulement au
niveau de l'intellect, en essayant d'aller au-delà de la simple formulation de
la pensée,
3. mais encore, au
niveau du cœur, du meilleur de soi, en essayant de voir au-delà des apparences.
"On ne voit bien qu'avec le cœur."
Dit Saint-Exupéry dans le Petit Prince.
Laissons
naître en nous l'amour profond. En portant attention avec le cœur aux aspects
positifs de l'Autre, nous sentons naître en nous une attirance, une dilatation,
une chaleur, une sympathie, une certaine tendresse. C'est cela l'amour
profond.
Cet amour ne se déclenche pas par un acte de
volonté. Il se libère si nous restons attentifs à la beauté des êtres. Plus
nous y sommes sensibles, plus nous laissons jaillir l'amour. Plus nous vibrons
des profondeurs de notre être, plus la source d'amour disponible en nous sera
abondante.
Cet amour profond est proportionnel au niveau
d'attention porté à l'Autre, à la beauté de son être et à notre propre niveau
d'évolution.
Faire preuve de volonté, c'est partir à la
rencontre de l'Autre avec son cœur plutôt qu'avec sa tête. C'est rester
attentif au meilleur de l'Autre, plutôt que de perdre son temps sur les aspects
négatifs. C'est travailler à l'évolution de notre personnalité afin de vivre de
plus en plus intensément.
Il
existe des obstacles à l'amour profond:
1. Notre propre manque de profondeur. Vivre en
superficie, instinctivement, ne nous ouvre pas la porte à l'amour profond.
Vivre au niveau de nos idées, sans jamais les confronter à celles des autres ne
nous ouvre pas non plus la porte à l'amour profond. Il nous faut donc
expérimenter la vie en profondeur et y prendre goût afin de créer avec l'Autre
ces liens d'amour profond.
2. Le repli sur nous. En vivant repliés sur
nous-mêmes, nous ne pouvons être disponibles psychologiquement pour porter
attention à l'Autre, trop occupés que nous sommes avec nos problèmes
personnels, nos activités, nos centres d'intérêts, notre sécurité…
3. Notre manque de temps. Devenir attentifs à
l'Autre nécessite un temps d'arrêt. Si nous sommes constamment pressés par le
temps, il nous est impossible d'être attentifs à tous ceux que nous
rencontrons.
4. La difficulté de nous émerveiller. Les causes
possibles de cet obstacle à l'amour profond sont: notre manque de profondeur,
le repli sur nous-mêmes et la projection sur l'Autre de notre propre
pessimisme.
5. Aimer c'est communier avec l'Autre, le comprendre
comme il se comprend. Il nous faut parvenir à une écoute profonde,
laquelle nous fait pénétrer à l'intérieur de l'univers de l'Autre. Nous
découvrons alors la manière dont il se perçoit lui-même, dont il perçoit les
autres et la vie. Nous ressentons alors ses jugements, ses prises de position à
propos des personnes, des événements et de lui-même.
Cette
écoute profonde requiert certaines prédispositions au niveau de notre cœur:
1. une absence de préjugés. Nous ne partageons pas
nécessairement les perceptions et les jugements de l'Autre, ce qui peut causer
un rejet de la personne ou une opposition sur le plan des idées.
2. de la patience. Souvenons-nous que nous ne
nous livrons jamais à la première rencontre. Rejoindre l'Autre dans son univers
et le comprendre comme il se comprend, prend donc un certain temps.
3. de l'intérêt envers la vie intérieur. Nous devons
concentrer notre attention au-delà des actions de l'Autre, sinon nous ne
faisons que l'effleurer.
4. de la
sérénité. L'univers de l'Autre peut s'avérer très différent du nôtre et y
pénétrer peut s'avérer une expérience inquiétante, à moins d'être nous-mêmes
dans un état de stabilité intérieur.
Aimer,
c'est accueillir l'Autre et l'accepter tel qu'il est.
Si dans un premier temps, nous
sentons naître en nous une attirance déclenchée par la découverte d'aspects
positifs produits chez l'Autre, dans un deuxième temps, alors que s'amorce la
communion avec l'Autre, peuvent jaillir en nous, des résistances, des courants
contraires à l'Amour.
Nous parvenons à un seuil
critique dans notre relation avec l'Autre, soit celui où l'amour profond
l'emporte ou non. Pour l'emporter, il ne faut pas que les obstacles dus aux
aspects négatifs de l'Autre étouffent la source de notre amour. C'est pourquoi,
plus nous sommes libérés intérieurement, mieux nous supportons les côtés
négatifs chez l'Autre.
L'amour inconditionnel
Quand l'amour vient à bout des
obstacles, nous avons la preuve de sa solidité. Nous pouvons alors prendre
conscience que cet amour éprouvé envers l'Autre est d'une nature telle qu'il ne
s'éteindra jamais.
C'est ça l'Amour inconditionnel,
un lien d'être à être, par le meilleur de chacun; non pas le fruit de la
volonté, mais celui de l'expérience de l'Autre.
Vouloir que l'Autre vive et soit heureux
Nous devons désirer que l'Autre
vive le plus positivement et manifester la volonté de l'Aider à devenir
lui-même, donc à être heureux.
Une certaine unité
Communier avec l'Autre, c'est ne
faire plus qu'un avec lui. Cette communion pouvant être plus ou moins intense.
Rester nous-même
Dans notre communion avec
l'Autre, nous ne devons jamais nous dissoudre ou perdre notre autonomie.
Afin de rester fidèles à
nous-mêmes et authentiques, nous devrons parfois marquer notre désaccord sur
certaines idées, sur certaine actions, sur certains travers, tout en faisant
une distinction entre la personne que nous continuons à aimer et les actes que
nous lui reprochons.
TROISIÈME MÉCANISME: RESPECTER L'AUTO-NOMIE DE L'AUTRE
Lorsque nous sommes amoureux et
que nous souhaitons le bonheur de l'Autre, la tentation est forte de lui
imposer nos vues et de vouloir tout faire afin que cette personne atteigne
rapidement les objectifs qu'elle s'est fixés. En agissant de la sorte, nous lui
manquons de respect. Plutôt que de l'Aimer, nous nous aimons nous-mêmes.
Nous ne devons jamais manipuler une personne comme s'il s'agissait
d'un objet
Un être humain n'est pas un
moteur que l'on répare avec les outils appropriés ou avec des pièces de
remplacement. Un être humain ne se "répare" que de l'intérieur.
Il revient donc à l'Autre de
découvrir ses raisons de vivre et de se donner des objectifs de vie. Il lui
revient aussi de faire sa propre expérience de son être, d'en découvrir les
potentialités et de trouver sa propre ligne de croissance.
Notre rôle se résume à aimer et être là
L'aide la plus précieuse que nous
pouvons apporter à l'Autre consiste à l'Aimer tel qu'il est et à l'Accompagner
dans sa démarche de croissance. En se sentant ainsi aimé pour soi-même, malgré
ses côtés négatifs et ses limites, l'Autre ose être lui-même et vivre sans trop
craindre les maladresses ou les faux pas. Il se sent prendre de la consistance.
Il s'affirme et progresse vers une plénitude d'être et de vie.
Nous devons aimer sans devenir encombrants
Cela peut être à la fois
stimulant et encourageant. Nous n'exprimons notre désaccord que sur certains
points. Nous devenons "l'oreille" de l'Autre. Nous sommes simplement
là: une présence discrète.
Nous devons avoir confiance au potentiel d'actualisation de
l'Autre
Afin de bien respecter
l'Autonomie de l'Autre, nous devons avoir confiance en sa capacité de mener sa
vie. Le jour où nous devenons capables d'aimer sans qu'il n'y ait de
réciprocité, nous parvenons au stade de l'Amour inconditionnel.
Ce respect de l'autonomie est difficile à vivre
Chaque fois où nous nous
attendons à de la réciprocité, chaque fois où nous voulons arracher de l'amour
à l'Autre par tous les moyens, chaque fois où nous manifestons de l'impatience
devant les progrès de l'Autre, nous ne faisons que nous replier sur nous-mêmes,
nous ne sommes pas centrés sur l'Autre. Nous vivons alors dans la peur des
conséquences de l'autonomie de l'Autre et nous l'encadrons d'interdictions, de
conseils, de mises en garde… Nous projetons sur l'Autre nos propres peurs.
La force intérieure et la
sérénité nous sont essentiels à laisser l'Autre être et à devenir un véritable
soutien à son évolution.
QUATRIÈME MÉCANISME: ADMETTRE QUE L'EXPRESSION DE L'AMOUR CAUSE
DES PROBLÈMES
Vis-à-vis nous-mêmes
L'amour est un sentiment qui se
vit sur deux plans: en profondeur, lorsqu'il s'agit de tendresse, de communion
ou de respect; en superficie, lorsqu'il est vécu comme une impulsion
physiologique, presque animale.
Ces deux plans sont interalliés:
tout sentiment d'amour humain vibre sur ces deux registres, mais toujours avec
une dominante. Si cette dominante est superficielle, nous recherchons notre
propre plaisir, nous vivons un amour gourmand, sensuel, l'Autre devenant alors
un objet de plaisir. Si elle est profonde, l'auto-gratification cède le pas à
la tendresse, à l'émerveillement, à la communion…
La question que nous devons poser
lorsque nous voulons exprimer notre amour pour l'Autre est: sur lequel de ces
deux registres vivons-nous le plus souvent?
Du point de vue sexuel
La relation sexuelle est un mode
d'expression entre deux êtres. Dès que l'Autre se sent comme un objet, nous ne
l'aimons pas véritablement, nous ne faisons que nous en servir pour nos propres
fins.
L'amour véritable fait exister
l'Autre. L'amour profond est le régulateur de la sexualité.
La maîtrise efficace de la
sexualité ne signifie pas que nous devons nous refouler. Elle résulte du
développement de l'Amour profond, de l'Amour tendresse. Cette maîtrise
s'améliore au fur et à mesure que nous expérimentons notre intériorité et que
nous laissons jaillir notre source d'amour. L'instinct sexuel cède le pas à un
ensemble harmonieux dont le centre est l'amour profond.
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